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Le jour où j’ai dormi dans une grotte

Grézillé, le 14 Août 2020.

Je me dirige vers l’est, à travers les vignes et les campagnes au sud d’Angers. Un ami m’avait parlé d’un village étonnant. Cette étape de mon voyage n’est pas prévue, mais ma destination n’est pas un hasard. La carte me fait passer à travers des plantations de résineux, manifestement à l’abandon. Je m’égare à travers ce labyrinthe, mais découvre avec soulagement un minuscule panneau artisanal indiquant « Troglobal ». Je descends de vélo, et me retrouve devant une grande cour, entourée de falaises sculptées dans le tuffeau. Des ouvertures se dessinent, permettant d’accéder aux dédales troglodytes. Je suis accueillie par Sylvain, un jeune forgeron venu s’installer ici il y a quelques années. Ce soir, je dors dans une grotte.

Je découvre peu à peu un lieu qu’il est difficile de qualifier en quelques mots. Ces dédales ont été construits il y a un millénaire. Ils ont tantôt été utilisés en caves, champignonnières ou habitations, puis lentement abandonnés. Deux amis, Pako et Zaz, ont décidé il y a plus de 20 ans de transformer ce lieu à l’abandon depuis des décennies. Peu à peu, ils ont réhabilité les lieux, aussi bien physiquement qu’idéologiquement. La création et les idées sont nourries par les rencontres. Le lieu est ouvert aux voyageurs, qui laissent derrière eux leur pierre à l’édifice. Chaque voyageur qui souhaite participer à la vie du lieu est le bienvenu, sous réserve bien-sûr de respect.

Durant quelques jours, je rencontre les différents occupants du lieu. Chacun est arrivé pour des raisons différentes. Chacun s’adapte et se respecte. La vie en groupe s’organise, et les initiatives sont encouragées. D’ailleurs, celles-ci se nourrissent de cette aura qui règne ici. En promenant son regard, on découvre les différentes œuvres laissées par les occupants. Des sculptures taillées dans les murs, des vitraux colorées accrochés aux branches, ou autres rambardes forgées dans le métal. Les soirées sont rythmées par les artistes et lecteurs présents, qui sortent leurs instruments, ou testent leurs derniers spectacles. L’ambiance créative nourrit l’esprit et les rêves.

Je passe une après midi en compagnie de Marie et Louise. Elles ont décidé de fabriquer ce que l’on baptisera par la suite « Le Chaudron Magique ». Ce système de cuisson qui permet d’économiser l’énergie a été utilisé après guerre, lors des pénuries de charbon. Le principe est de faire bouillir de l’eau avec des aliments à cuisson lente (pois chiches, lentilles, etc), puis de mettre la cocotte dans un matériau isolant. Le système s’apparente à un thermos. Quelques heures plus tard, il suffit de sortir la marmite, et de déguster son contenu cuit à point et encore chaud. Nous avons utilisé des matériaux de récupération pour la fabrication de cette « marmite Norvégienne », son nom d’origine.

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