Journal du confinement

Confinement, jour 9.

Une épidémie de solitude

Hier, nous avons fêté les 33 ans de mon colocataire. Nous sommes trois dans la maison. Notre chambre est notre isoloir, mais le lien social se tisse tout de même dans les pièces communes. Nous avons fait ensemble un gâteau de fortune avec ce qui nous restait : des pommes de terre et un reblochon. Le grand luxe me direz-vous ! Les bougies ont été remplacées par du carton découpé, pour le symbole. Malgré une fête confinée, nous avons passé une belle journée. Les petits gestes alternatifs ont été source de bons moments d’émotion. Tu te demandes sûrement pourquoi je te raconte tout ça. Et bien c’est à ce moment là, que j’ai réellement pris conscience de notre chance : nous ne sommes pas seuls.

La solitude, qui va à l’encontre de la nature humaine, est déjà très présente dans notre société contemporaine. Les personnes âgées en sont les principales victimes. Le lien social se dissout peu à peu, comme rongé par le temps. Les proches décèdent, le mouvement devient plus difficile, et les capacités d’interaction disparaissent avec la fatigue et la perte de l’ouïe. Cette réalité se ressent d’autant plus, que dans nos pays occidentaux, les générations ne vivent pas ensemble.

Ma génération est également concernée. Je ne parle pas ici de la solitude choisie, mais subie. J’écrivais récemment sur l’humour comme thérapie, et bien les conséquences de l’absence de lien social peut avoir des répercussions désastreuses sur la santé mentale et physique. Je pense aujourd’hui à toutes ces personnes confinées seules. La solitude et l’isolement social sont des fléaux que beaucoup d’associations tentent d’éradiquer.

Cette sensation peut être différente selon les situations. Dans un contexte de voyage, source de rencontre dans un environnement inconnu, elle peut générer l’angoisse de l’insécurité. Lorsque celle-ci est présente de façon chronique, et accompagnée d’un isolement social, elle peut être dangereuse. Et enfin, une situation éphémère et uniquement physique, comme celle du confinement, peut-être l’occasion de s’interroger sur le sens de nos relations, si celles-ci sont un besoin ou une envie, sur ce qu’elle nous apportent et pourquoi elles sont si importantes ? Et au moment de retrouver ses proches, se rendre compte à quel point ils sont essentiels à notre existence peut-être bénéfique.

À l’heure où le contact humain n’est plus autorisé, où l’on change de trottoirs pour croiser les passants en toute sécurité, et l’on risque de cueillir des prunes à chaque sortie, les personnes isolées socialement sont encore plus fragiles que jamais. Je me demande si cette crise sanitaire ne sera pas la source d’une épidémie sous-jacente, sourde et silencieuse.

Pour en savoir plus sur le sujet, tu peux aller voir le site de la Fondation de France. Elle a mené une étude sur la solitude en 2016.

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